Samedi dernier, nous étions invités par l’équipe du Cenposep à participer à leur théâtre éducatif. Pour cela nous avions rendez-vous à 8h "punto" au local de l'organisation. En Bolivie, on se donne toujours rendez-vous à l’heure "punto", ce qui signifie en général entre une demie-heure et une heure de retard... Cette fois-ci n’a pas échappé à la règle et à 10h, soit l’heure théorique du début de la pièce, nous n’avions toujours pas bougé du Cenposep parce que le camion qui devait nous emmener n’était pas là! On a finit par partir, mais pas avant de passer chercher les patates et les oignons pour le déjeuner et de mettre de l’essence... Après ue heure de route à 70km/h maximum (en descente) nous arrivons avec plus de 2h30 de retard. Apparemment, ça ne choque personne et le responsable de la communauté n'est même pas arrivé.
La pièce s’adresse à des populations exclues du développement et qui n'ont pas accès à l'éducation ; ces hommes et femmes ne savent donc ni lire ni écrire et , par conséquent, ne connaissent pas ou peu l’histoire de leur propre pays. Ainsi, il s’agit d’une pièce qui retrace l’histoire de la Bolivie depuis la colonisation espagnole jusqu’à l’élection de Evo Morales, le président actuel, et la nationalisation des hydrocarbures (il y a quelques semaines!). A chaque étape de l’histoire bolivienne, on apprend comment des étrangers sont venus apporter aux boliviens ce qu’il y avait soi-disant de meilleur pour eux, sans jamais leur demander leur avis. En Juillet de cette même année 2006 les boliviens vont, pour la première fois de leur histoire, élire une Assemblée Constituante qui aura pour mission de réécrire la constitution bolivienne. La pièce est ensuite suivie d’un débat avec les membres de la communauté sur la démocratie et l’Assemblée Constituante.
La représentation a lieu dans le salon communautaire du village à l’occasion d’une réunion du mouvement "Sin tierra", une organisation qui lutte pour la réforme agraire et, comme ils le disent, "por la liberacion total"... Bref, des gens bien de gauche qui accompagnent leur discours d'une énorme banderole à l’effigie du Che! Alors que nous sommes en train de déballer les accessoires, tout le public sort de la salle parce qu’il y fait trop froid et se pose dehors pour se réchauffer au soleil... Qu’à cela ne tienne, on jouera la pièce dehors! Dans le rôle de la terrible reine d'Espagne, assoiffée d’or et d’argent : Géraldine! Dans le rôle du soldat approuvant d’un sombre roulement de tambour les édits spoliant les droits des Quechuas : Olivier! Bon, on n’avait pas vraiment le beau rôle, mais qu’importe. Quelle chance de pouvoir participer à cette pièce au pied levé! Quel régal d’être parmi tous ces gens si différents de nous! Quel plaisir de voir la démocratie enseignée de cette manière!