Potosi est la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde, à 4000m d’altitude... Autant vous dire que le soleil tape fort, que le vent est glacial et que dès qu’on s’agite un peu trop, on souffle comme des vaches asthmatiques! C’est une jolie ville coloniale de l’Altiplano, à taille humaine, on s’y sent plutôt bien, et heureusement, puisqu’on va y passer un mois en tant que volontaires au CENPOSEP. En tout cas, on est ravi de se poser, après notre mois de randonnées intensives dans la Cordillère... Une nouvelle occasion de rencontrer les populations locales et de s’imprégner du lieu.
Potosi est connue à la fois pour être une superbe ville baroque qui, au milieu du XVIIème siècle était aussi importante que Paris ou Londres. Cette richesse était malheureusement entretenue par l’exploitation de millions d’indiens et d’africains esclaves qui travaillaient dans des conditions inhumaines dans les fameuses mines d’argent.
On a commencé par visiter la ville, ses jolies ruelles étroites, ses bâtiments coloniaux, ses multiples églises baroques ; notamment, nous avons visité le Couvent Santa-Teresa, de l’ordre des carmélites, construit entre 1685 et 1692. Les filles des riches familles espagnoles y entraient à l’âge de 15 ans et n’en ressortaient plus de leur vivant. A leur arrivée, on leur prenait les vêtements pour en faire des habits ecclésiastiques, puis on leur coupait les cheveux, qui servaient alors à coiffer les nombreuses statues de la vierge! Notre guide nous a fait bien rire en se prosternant à chaque pas qu’elle faisait... Une vraie petite dévote! Un des monuments les plus importants de la ville est la Casa de la Moneda ; c’est la que furent frappées les monnaies d’argent de l’Espagne puis de la Bolivie jusqu’en 1953. C’est très intéressant de voir les machines encore en place! La maison est aussi un grand musée et on peut notamment y admirer une superbe toile représentant la "Virgen del Cerro". Le "cerro", c’est la montagne qui surplombe la ville et dans laquelle sont creusées toutes les mines. Le tableau symbolise la trinité de l’histoire bolivienne : les mines, la religion et la Pachamama (la terre mère).
Vous l’aurez compris, l’argent des mines est l’élément central de l’histoire de Potosi... Pour lui, les espagnols ont sacrifié des millions d’esclaves qui sont morts dans les mines. Cet argent a ainsi alimenté la machine du capitalisme naissant : les historiens le reconnaissent aujourd’hui, le fabuleux apport de richesses en provenance de Potosi (équivalent à plusieurs plans Marshall) fut la condition sine qua non du développement du capitalisme en Europe. Les mines ont donc été exploitées pendant plus de 500 ans et elles le sont toujours aujourd’hui! L’état a renoncé a leur exploitation pour son compte car trop peu rentable ; les mineurs se sont alors regroupés en coopératives mais au final, s’exploitent eux-mêmes (le coût de revient de l’extraction de l’argent est trois fois plus cher que le cours mondial). On a donc pu visiter ces fameuses mines et on peut vous assurer que c’est une expérience traumatisante. Des hommes et des enfants y travaillent dans des conditions d'insécurité comme on n'aurait jamais imaginé, dans l'obscurité, sans manger, en survivant à peine avec l'argent qu'ils gagnent... Par certains moments, on était obligés de ramper pour passer d'un tunnel à l'autre, on manquait d'oxygène, une chaleur entre 35 et 40 degrés et tout ça dans les vapeurs d'arsenic dégagées par les minerais... Bref, comme le dit le Routard "c’est Germinal vécu en direct au XXIème siècle".
On a prévu de visiter la région dans les week-ends qui viennent. Et oui, on a repris le rythme semaine/week-end depuis qu’on travaille comme volontaires au CENPOSEP (Centro Popular de Salud, Educación y Producción). Entre autre, le centre cherche à développer d’autres sources de revenus que les mines pour la population locale. Maintenant, on comprend mieux pourquoi. On vous en dira plus sur le CENPOSEP et ce qu'on y fait dans un prochain récit. Hasta luego amigos! |