Nous sommes arrivés Samedi dernier à La Paz, principale ville de la Bolivie. La Paz est une ville assez incroyable ; elle s’étage dans un canyon de 800m de profondeur entre 3200 et 4000m d’altitude. En bas, on trouve le centre-ville colonial et les quartiers riches ; en haut s’étend "El Alto", la banlieue balayée par les vents glacials de l’Altiplano où vivent les indiens pauvres. En gros, à La Paz, on passe notre temps à monter et à descendre les rues. Au moins, ca nous entraîne pour le Huayna Potosi! On peut dire que La Paz possède un cadre naturel absolument magnifique, puisque la ville est entourée de nombreux pics enneigés culminant à plus de 5000m et dominée par le Illimani, monumental. La Paz est d’ailleurs LE point de départ des treks dans la Cordillère Royale, tout comme Huaraz au Pérou pour la Cordillère Blanche. Bref, La Paz est le passage obligé pour tout voyageur en Bolivie, que ce soit pour son chao urbain des plus mouvementés, sa richesse culturelle et humaine, ses marchés d’artisanat ou ses possibilités d’excursions dans l’altiplano.
Dès notre première après-midi à La Paz nous avons arpenté les agences de treks qui proposent l’ascension du Huayna Potosi. Ce sommet de plus de 6000m est réputé accessible pour les débutants en andinisme, c’est notre cas ; ça reste un sacré défi tout de meme, alors pas question de prendre de risques. On repère vite les agences sérieuses, avec du bon matériel à louer et celles qui n’y connaissent rien. En tout, on en a pour 160$ chacun tout compris. Franchement ça vaut le coup : trois jours de rando dont un jour d’entraînement sur glacier, équipement complet, alimentation, cuisinier, guide professionnel et surtout l’ascension d’un 6000m dans la Cordillère des Andes, le rêve de tout randonneur! Le matériel est impressionnant : bottes, crampons, gants, veste gore-tex, pantalon, cagoule, lampe frontale, guêtres, baudrier, piolet, tente, matelas, sac de couchage... tout ça pour résister au froid en altitude! C’est assez excitant.
Le premier jour, après 1h30 de route on arrive au campement de base. De là, on marche jusqu’au glacier sur lequel nous allons apprendre à cramponner. Arrivés au pied du glacier, on enfile notre équipement de folie, on est paré pour un débarquement sur la lune! Nous voilà sur la glace et pour la première fois, ça ne glisse pas! Jose, notre guide, nous apprend d’abord à marcher de manières différentes selon la pente : de face, de profil, sur la pointe des crampons. Tout ça en maniant le piolet et la corde. On grimpe sur une pente douce au début puis un mur vertical ensuite! C’est génial, d’autant plus qu’il fait grand soleil et que les paysages sont superbes. La journée "pour du beurre" se termine tranquilement ; demain, on se lance dans l’ascension "pour de vrai" du Huayna Potosi!
Après une nuit glaciale et inconfortable, on se réveille vers 6h. Aujourd’hui on ne marche que 3 heures jusqu’au campement d’altitude à 5200m. Pour le petit-déjeuner, Feliziano, notre cuisinier, nous prépare un poridge absolument dégueulasse, bonjour l’estomac! Les sacs sur le dos, on repasse au pied du glacier de la veille, puis on marche sur la crête de la morène, avant de grimper à la verticale dans un sacré pierrier. On arrive enfin au campement d’altitude, à la limite de la partie enneigée du sommet. La luminosité y est très forte, les paysages sont magnifiques avec des neiges vierges ; on domine toute la vallée ; on est déjà hyper contents d’être là, c’est un nouveau record d’altitude pour nous! On dîne à 17h30... La bouffe est vraiment moyenne et on se demande aussi si l’eau est bien bouillie car on commence tous les deux à avoir mal au ventre. On se couche en tenue de marche : deux paires de chaussettes, collants thermiques, pantalon de haute montagne, salopette d’alpinisme, tous nos t-shirts, deux polaires, gore-tex, gants de laine, bonnet! Avec ça, on peut enfin se mettre au lit sans avoir froid... Le départ pour le sommet est prévu à 01h00 du matin! On ne dort pas des masses, il y a de l’excitation et une pointe d’anxiété dans l’air. Feliziano nous propose du mate de coca mais ça ne passe pas : est-ce l’altitude, les pâtes ou le poridge de la veille? Quoi qu’il en soit, Géraldine ne peut rien avaler et Olivier seulement quelques gorgées... On fixe les crampons, on s’encorde, on allume les frontales et c’est parti!! L’impression est fantastique, c’est mieux qu’un décor de cinéma : la lumière de la Lune se reflète sur le glacier, on entend seulement le crissement des crampons sur la neige, on sent l’odeur du froid et on respire de l’air glacial. On monte lentement et le manque d’oxygène se fait sentir ; ceci dit, on réagit plutôt bien à l’altitude, pas de mal de tête, le souffle raisonnablement court et le coeur bien accroché! Dans la nuit, les heures paraissent très longues et les distances aussi. Après trois heures de marche, on arrive face au premier mur : 50m de hauteur avec une pente de 60 degrés! Autant vous dire qu’à la lueure de la frontale, ça parait vertical... Jose monte le premier pour nous assurer d’en haut. L’ascension est épuisante, surtout qu’on n’a pas beaucoup d’expérience en escalade. Géraldine se sent vraiment pas top de l’estomac, c’est rageant. On continue l’ascension à un bon rythme, jusqu’au mur final : c’est le même que le premier sauf qu’il est trois fois plus long! Du bas, on aperçoit la lumière des cordées précédentes qui se mélange avec celle des étoiles... Géraldine n’ayant rien pu manger depuis la veille au soir et ayant vraiment trop mal au ventre, on est contraint de renoncer à l’ascension des derniers 200m... C’est plus prudent.
Et oui, on avait tout prévu : un mois d’acclimatation dans les Andes, deux treks de quatre jours, du bon matos, un guide professionnel, et une journée de pratique sur glacier... Mais on n’avait pas pensé qu’un repas pouvait nous mettre KO! Sur le coup, on est hyper déçus, mais au final, on ne regrette rien. Ce fut une aventure géniale, les paysages étaient magnifiques et on a quand même atteint 5800m!
Aujourd’hui, on se repose avant de partir pour Potosi ou nous sommes attendus (enfin, on espère) pour un mois de volontariat au Cenposep. On ne sait pas encore très bien ce qu’on va y faire, mais on vous racontera dans nos prochains récits! Hasta luego! |